Nécrologie d'un majordome.

Publié le par El Charpi

Très tôt dans la nuit, à environ une heure du matin, Arthur Douglas Bayford est décédé.
Son corps n'a pas été retrouvé mais ses proches pensent à un suicide.

Il y a peu de chance que vous sachiez qui était Arthur Bayford, puisque c'est un personnage imaginaire, créé par mes soins pour une campagne du jeu de rôle l'Appel de Cthulhu. Pour ceux qui ne savent pas ce que c'est*, dites-vous que c'est du théatre en improvisé (à peu près).

Lorsqu'un personnage de jdr auquel on tient décède dans une partie, on ressent toujours une sorte de petit vide. Rien de symptomatique d'un "dédoublement de la personnalité sataniste à tendance suicidaire", c'est plus proche du fameux "blues de la dernière page" quand on aime un bouquin, ou du "blues d'après-Boss-de-Fin" dans un jeu vidéo.

Je comptais faire un post pour vous parler d'Artie, de toute façon, son brutal décès en pleine fin de scénario m'incite à le faire sans attendre.

      Arthur Douglas Bayford vivait en 1921, et était un des majordomes les plus distingués d'Angleterre, sorti major primus annei de sa promotion à la Henton Butler Academy. Ancien grenadier de l'armée coloniale anglaise (comme tous les majordomes anglais, d'ailleurs), sa reconversion après une blessure à la jambe fût un succès.
      Promis à un avenir brillant et confortable grâce à ses qualités de majordome, il est pourtant entré au service d'un medium à moitié escroc, d'une famille de la petite noblesse française, vivant entre Paris, Londres, et Chicago, et avec qui il a tissé une relation paternelle mal assumée et assez trouble.
      C'est la passion de son maître, Philippe Pierre Jules Saint-Gilles pour l'occultisme qui avait amené Arthur à être confronté aux créatures du Mythe.

Voici un portrait de lui dessiné par Kali, qui joue le personnage de Saint-Gilles.

      Après avoir survécu à d'innombrables dangers, il a été acculé par une créature innomable, et a préféré se donner la mort plutôt que de se voir dévoré vivant par la chose.

      Outre le fait que j'aimais bien ce perso pour ses liens affectifs avec les autres membres du groupe, je tiens à dire quelque chose sur le fait de jouer un majordome à Cthulhu : c'est génial. La planque du tonerre.

      D'abord, vous imaginez pas tout ce dont est capable quelqu'un qui a 95% en Arts Ménagers. Nettoyer, ranger, préparer la cuisine, faire couler des bains, faire la lessive... Ca a pas l'air, comme ça, mais les bons petits plats d'Artie  et les bons bains chauds ont regonflé le moral de plus d'un Investigateur.
     Et puis, il y a les choses auxquelles on ne pense pas tout de suite. Effacer des traces pendant un vol avec effraction ? Arts Ménagers. Jauger d'un coup d'oeil le nombre et la personnalité des habitants d'une maison en regardant l'armoire à chaussure ? Arts Ménagers. Savoir ce que les autres Investigateurs transportent dans leur valise puisque c'est moi qui les ai faites ? Arts Ménagers.
      Et puis, il y a l'aspect psychologique : le majordome ne sert à rien, mais il est indispensable au groupe. Et ça, mine de rien, ça joue. Et sans trop se mettre en danger : aucun bouquin à lire, on passe jamais devant, toujours caché derrière son maître, même et surtout devant la presse...
     Enfin, le plaisir d'avoir un personnage majordome avec des compétences innatendues, pour le plaisir de dire : "C'est exact, monsieur, je comprends ce langage. Je parle cinq langues, dont le swahili et le farsi.", ou encore : "Si Monsieur me permet, il se trouve que j'ai des bases en sismologie...", c'est tellement cliché, j'adore !

    Toute dernière chose : je me suis vite rendu compte que, à Cthulhu, tous ceux qui veulent faire des militaires devraient prendre des grenadiers. On passe beaucoup plus de temps à balancer des trucs à la gueule des monstres qu'à vraiment leur tirer dessus...

      Enfin, bref, c'est émouvant tout ça. Ce personnage et les parties où je l'ai interprêté resteront un excellent souvenir pour moi. Et c'est ça le plus important. 

* Je vous ai dit : essayez, c'est bien, et vous comprendrez enfin plein de mes posts !

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Jako 05/03/2009 11:41

Oraison Funèbre D'Arthur Douglass Bayford par Jean Jacques J. Saint Gilles, le 21 Avril 1922, LondresArthur était le plus loyal des serviteurs, le plus honnête des hommes et le plus brave des compagnons. Mais aucune de ces qualités ne sauraient expliquer le grand vide qu'il laisse dans notre vie au quotidien lui qui gérait si bien les aspects de nos tribulations chaotiques pour en faire sous beaucoup d'aspects une horloge suisse parfaitement réglée. Je propose donc solenellement à sa famille et à la mienne qu'Arthur, qui s'est si souvent sacrifié pour nous et qui a finit par y laisser la vie, repose au caveau ancestral des De Rohan Saint Gilles à Rochefort en Yvelines. Ce Caveau abrite depuis des siècles on seulement les membres de notre famille qui se sont illustré mais aussi les rares amis qui se sot montrés dignes d'un tel honneur. Quoi qu'il en soit, et c'est tout sauf une figure de style, la perte de ce digne sujet de sa majesté, qu'il a servi aux Indes, laissera dans nos vies, dans nos coeurs et dans nos âmes, un vide qui jamais ne pourra être comblé. Je sais d'ors et déjà que jamais plus le thé de cinq heures, dont il adorait veiller à la préparation, n'aura plus la même saveur mais qu'il me rappellera sans cesse jusqu'à la fin de mes jours la minutie, l'application et la loyauté d'un homme respectable en tous points. Potius mori quam foedari, "Plutôt la mort que la souillure" résume en effet assez bien l'attitude qu'il avait envers les événements du quotidien, et ce quelle que soit leur nature. Lui qui a pris notre devise pour sienne et l'a mise en application avec tout son flegme puisse-t-il reposer en paix parmi les grands de ce monde.

El Charpi 06/03/2009 15:11


Deux très beaux hommages que les votres.
Je mettrai le testament de Doug sur le forum bientôt.


Kali 04/03/2009 00:31



Philippe P.J. Saint-Gilles, le 20 Avril 1922, Londres.
Je suis dans ma chambre au manoir familial des Saint-Gilles à Londres et je fixe hébété la petite bouteille placée au dessus de l'étagère. Je ne me souviens même pas du nom de ce foutu bateau... Une miniature, c'est ridicule mais tellement plein de minutie. Je me suis surpris ce matin à plier ma chemise sur la chaise en me disant "Si Arthur l'avait rangée elle serait sans doute pliée ainsi." Pâle imitation bien entendu puisque je n'ai jamais eu le sens de l'ordre et de la discipline.Le manoir est vide, ça fait trois jour que je tourne en rond enfermé dans mon bureau à écrire des lettres et des lettres à mes financiers, aux maisons d'édition et à mes amantes. Sans parler des faire-part de décès. J'ai décidé de les écrire et de les envoyer personnellement. J'ai des doubles obsèques à organiser, Noëlie aussi s'est... C'est comme une pause. Comme si le temps s'arrêtait un instant pour me donner le temps de faire le point. Oui il semble que pour moi le temps soit arrêté. Mais pourtant l'heure tourne à cette montre et les minutes s'égrainent sur ce cadran neuf. Quand j'ai vu cette chose... J'ai couru en arrière et j'ai oublié le reste. J'étais désorienté, comme l'aiguille d'une boussole qui n'a plus de nord. J'entendais comme un bourdonnement dans ma tête et je ne sentais pas mon corps, je n'avais plus aucune conscience de ma chaire. J'ai couru, il y avait des pas rapides derrière moi. Dans ma tête, aucune idée, aucune pensées juste la peur animale, l'adrénaline. J'entendais ma propre respiration dans mes tempes, je me suis dis une seconde que mon crâne allait éclater, mon corps n'étais que fourmillements désordonnés et mon sang bouillonnait dans mes flancs.

Je me suis arrêté, hagard. J'ai respiré un peu, je suffoquais. A cet instant je me suis rendu compte que Johanna était accrochée à moi, je n'avais pas remarqué que je portais son poids dans ma course. Voilà la douleur! Mes côtes me font horriblement mal, la sensation est perçante, je serre les dents. Tout bourdonne et mon sang bat dans mes tempes, j'ai la migraine, j'ai la tête qui tourne, envie de vomir et la douleur me donne l'impression d'avoir des pic à glace dans l'abdomen. J'entends des sons, confus, sourds, répétés... Des coups de feux, puis une voix, sa devise... Un dernier coup de feu... Et plus rien... Ça résonne dans ma boite crânienne.

A cet instant je ne réalise pas tout de suite. Je dis à Johanna de s'assoir, de se reposer quelques instants. J'aperçois Noëlie, je lui demande si ça va, elle ne répond pas. Par tous les diables, ma tête va éclater! Je me souviens que Jean-Jacques à dis quelque chose, je ne sais plus quoi, et c'est Irina qui a relevé l'absence d'Arthur. Je suis revenu à moi à ce moment là. Je ne peux pas m'empocher de penser que je l'ai laissé là bas, que je suis responsable, que c'est uniquement ma faute. Je ne sais pas encore comment vont être les jours à l'avenir sans Doug'... Il n'aimait pas ce sobriquet. Mon café est infecte, les draps sont froissé et la lessive est trop parfumée et les bains pas assez. Ça faisait bientôt cinq ans qu'Arthur vivait avec moi et je vais avoir du mal à me détacher de lui, c'est ma vie quotidienne qui s'en trouve bouleversée. Chaque instant, chaque détails. J'ai la réputation d'être très entouré, je suis seul en vérité.

Luna 04/03/2009 00:10

haaa trés chouette nécrologie! (c'est pas un peu pardoxal ce que je vient de dire ?)ca fait de moi un Mj comblé, mes attentes étaient que vous vous amusiez tous!