Gutemberg est un sale pirate !

Publié le par El Charpi

En 1468, l'allemand Gutembërg met au point une méthode révolutionnaire pour reproduire les livres de manière bien plus rapide, plus simple, et moins chère. Alors qu'il envisage encore la portée que pourrait avoir son invention, un groupe de personnes bien intentionnées tente de défendre l'Europe de ce terrible fléau qu'est la modernité.

"L'imprimerie va permettre de répandre des idées subversives et des écrits interdits !, préviennent-ils. La multiplication des ouvrages va inciter les gens à moins retenir les choses et nous ferons des générations d'enfants idiots !", rajoutent-ils dans un concert de récriminations.

Ces gens, qui ont tenté vainement de faire interdire l'imprimerie, c'était les moines copistes.
"C'est toute notre économie que vous mettez par terre ! Et les artistes relieurs et enlumineurs seront mis sur la paille ! En imprimant les livres, vous tuez l'art !", crient-ils vivement.



Pourquoi je vous parle de ça ?
D'abord parce que j'ai discutté de ça en cours hier. Et que du coup ça m'a mis toutes ces idées dans la tête.

Aussi et surtout parce que Luc Besson a accordé un interview dans Le Monde, l'autre jour, où il ressortait très vaguement les mêmes arguments à propos du P2P. A ceci près qu'au lieu de parler "d'invention du diable", il parlait plutôt de "dealers" et de "complices de vols caractérisés".

Je vous conseille d'aller jeter un oeil sur le dernier article du blog de Maître Eolas, où l'avocat répond au cinéaste (enfin, cinéaste...), c'est frais, divertissant, et tellement drôle.


Bon, je suis pas si surpris que ça, de la part du type qui, dans le grand Far West d'Internet, confiait l'an dernier qu'il "avait l'impression d'être les Indiens et de se faire décimer", sans le moindre sens ni de la mesure, ni du ridicule. Il faut dire qu'on peut difficilement se sentir ridicule à coté d'un Enrico Macias qui déclamait : "Ce n'est pas à nous, artistes, de s'adapter à Internet, c'est à Internet de s'adapter à nous.". C'est beau comme de l'antique.

Seulement, outre le fait que l'intervention de Luc Besson est très rigolote, elle caractérise bien l'angoisse qui étreint les majors des industries du disque ou du cinéma. Vous savez très bien ce que je pense de ces gens-là, et je ne pense pas de toute façon avoir à faire beaucoup d'efforts pour vous convaincre qu'ils ne sont pas plus respectueux des artistes ou de leurs oeuvres que le pirate moyen - et sans doute moins.

 Seulement, il serait peut-être temps d'être enfin raisonnable, et de réfléchir à comment faire évoluer les règles régissant la rémunération des artistes, plutôt que de freiner des quatres fers ce qui, de toute façon, est inéluctable. Il existe d'autres moyens de rémunérer les artistes décemment que le paiement à la copie.

L'ère de la communication, si elle abolit les anciennes normes, offre la possibilité d'en établir des nouvelles. Le financement par publicité, comme fonctionne le site légal deezer, est souvent cité en exemple, mais je pense moi qu'il ne suffit pas de s'arrêter là : le streaming ne répond pas à toutes les demandes de ceux qui téléchargent. Il est possible d'aller plus loin, la vitesse de communication aujourd'hui ouvre les portes à des concepts nouveaux comme le mécènat de masse, qui voit des artistes financés par ceux qui aiment leurs oeuvres (c'est utilisé à petite échelle dans le monde du jeu de rôle sous la forme des "rançons", et Radiohead a prouvé que c'était extensible à des grandes échelles).

Maintenant, petite question amusante : pourquoi les majors ne pratiquent pas la rançon ? Le concept, ils le connaissent, et ils cracheraient pas sur du fric, sauf cas de force majeure ? Pourquoi se cramponnent-ils à un système qu'ils savent mort, pourquoi restent-ils crispés dessus à en grapiller les dernières recettes plutôt que de faire la course à qui se retournera le plus vite et saura évoluer le premier ?

Les moines copistes, au XVème siècle, n'étaient pas hostiles à l'imprimerie uniquement pour des raisons économiques, il y avait quelque chose d'autre derrière : la situation de monopole sur les livres leur permettait plus facilement de censurer, contrôler, manipuler l'information, en supprimant des passages dans des textes d'Aristote ou en en rajoutant parfois. Un monopole que l'imprimerie a aboli, permettant la prolifération des idées et l'avénement du premier mouvement littéraire et philosophique européen : l'humanisme.

Quand on fait attention, l'Histoire peut souvent nous servir à répondre aux questions d'aujourd'hui.

Ps : Aujourd'hui Maître Eolas a récidivé avec Frédéric Lefebvre. Ca m'a fait d'autant plus plaisir que la prose du bonhomme (Lefebvre, hein) m'est détestable.
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Luna 04/03/2009 00:15

aillant connut Besson Irl ...  je ne peut que confirmé que c'est un gros con bouffie de plein d'orgeuille au mauvais gout affiché!

Fabien Lyraud 18/02/2009 13:41

Si Besson était intelligent il saurait qu'aux USA c'est la les séries TV qui sont en train de bouffer la gueule au cinéma. Pourquoi ? Parce que l'on a implanté les multiplexes dans les Malls à la fois loin des downtowns et des banlieues réseidentielles. Le type qui sort de son travail après 8 heures de boulot n'a pas envie de prendre sa bagnole et faire vingt bornes pour aller au ciné. En tout cas pas régulièrement. Résultat des courses ce sont les ados qui eux ont du temps qui y vont majoritairement et on produit massivement des films destinés aux ados. Et Besson comme un mouton produit des Taxi, Banlieue 13 ou Transporteur pour ce public de grands adolescents sans s'interroger sur le pourquoi du comment ces films marchent. Et c'est beaucoup plus facile de cracher sur internet.
Si Besson était intelligent il se reconvertirait dans la série télé vu qu'il y a une demande pour des séries française haut de gamme et qu'il n'y a pas d'offre. Bruckheimer l'a fait avec succès passant des nanars d'action aux séries policières haut de gamme. Et Besson est tellement con, tellement français qu'il ne peut pas voir midi à sa porte.