Les idées toutes faites (2) : La cyber-dépendance.

Publié le par El Charpi

Quelle soirée hier !

D'abord, premier entraînement d'une (je l'espère) longue série dans un club de kung-fu.
Conclusion : j'ai la souplesse du parpaing, mes articulations me haïssent en ce jour, mais c'était gérable.

Ensuite, je suis allé de mon propre chef assister avec Cécile à une conférence sur "les écrans et les ados", sur grosso modo comment aborder les problèmes liés à Internet et aux jeux vidéos avec les jeunes.
Interessant et bien plus lucide que ce à quoi je m'attendais (faut dire que l'intervenant, que je ne connaissais pas, était pas non plus le premier venu).

Bon, on a quand même eu un point de discorde sur le sujet de la cyber-dépendance.
Vous savez, cette idée selon laquelle certaines personnes pourraient développer une addiction aux jeux vidéos.
Attention, on est pas ici dans la stigmatisation bête et méchante du jeu vidéo. Des psychologues sèrieux se posent la question de savoir si oui ou non cette dépendance existe (même si certains jouent sur le sensationnel pour se faire du pognon, tel de magnifique Docteur Abgrall dans le domaine du jeu de rôle).

Moi je pense que non. Et je suis content de ne pas être le seul, puisque mes idées rejoignent celles de gens bien plus compètents que moi sur ce sujet.

Alors, peut-il y avoir addiction aux jeux vidéos ? D'abord, regardons ce que c'est que l'addiction. Wikipedia nous explique que "au sens phénoménologique, c'est une conduite qui repose sur une envie répétée et irrépressible, en dépit de la motivation et des efforts du sujet pour s'y soustraire."

Qu'est-ce qui pourrait faire penser qu'il y a addiction aux jeux vidéos ? Le no-life.
Ce mec qui passe sa vie enfermé chez soi, à jouer aux MMORPGs est-il dépendant à World Of Warcraft ?
Parce qu'à première vue, sa manière de jouer est effectivement répétée et irrépressible, et parfois la motivation ou les efforts pour s'y soustraire ne suffisent pas. Seulement il y a, à mon sens, une nuance avec l'addiction.

Ce n'est pas le jeu vidéo en lui-même qui provoque l'attraction, mais le joueur qui se plonge dedans, comme il pourrait se plonger dans n'importe quoi d'autre.

Les No-Life (du moins ceux que je connais) sont des gens qui sont malheureux. Pas parce qu'ils sont accros aux jeux vidéos, c'est l'inverse : ils se jettent à corps perdu dans la pratique du jeu vidéo pour oublier leur malheur. C'est une sorte d'opium : ils quittent ce monde et se retrouvent envoyé quelque part où ils sont puissants, considérés, et où leur personnage est capable d'avancer.

Seulement, contrairement à l'opium, aucun mécanisme chimique ne peut expliquer l'addiction. Les seuls processus chimiques mis en oeuvres correspondent à des processus de la vie  "rééle" (satisfaction de la victoire, plaisir d'être reconnu, etc.). Il n'y a aucun récepteur neuronal qui va saturer et râler si le joueur décroche. Ce que veux le joueur, avant tout, c'est le bonheur et la satisfaction personelle, et s'il la trouve dans les jeux vidéos, c'est uniquement parce que c'est là qu'il la trouve la plus facilement.

Pour preuve, tous les "no-life" ne sont pas des joueurs compulsifs de MMORPGs. J'ai connu des No-Life qui n'avaient pas Internet. Ils ne jouaient pas à World Of Warcraft, mais ils se plongeaient dans les mangas, ou les jeux vidéos console, certains dans le jeu de rôle, le jeu en LAN (réseau local) ou dans le modèlisme.

L'important est d'aller, comme n'a pas traduit Baudelaire, "Anywhere out of the world".

Mais après tout, si l'on retrouve les symptômes de la dépendance, quelle différence que s'en soit ou non ? Hé bien plusieurs choses. La première, c'est que l'origine du mal détermine le remède. Vouloir à tout prix faire "décrocher" les no-life, créer des centres pour lutter contre l'addiction aux jeux vidéos, c'est à mon sens mal comprendre le problème, ce qui peux nuire à la recherche de la solution.

La deuxième, c'est que cette théorie stigmatise le jeu vidéo comme potentiellement dangereux, alors qu'il est justement un remède temporaire au mal-être de ces personnes. Laissez les gens malheureux s'isoler dans le jeu vidéo, ils en ont besoin. Ce n'est qu'une fois que les choses se sont tassées, que la douleur est passée, qu'il devient possible et bénéfique de faire redécouvrir aux no-life la vie dans le monde extèrieur.

Commenter cet article

Lindsey 11/02/2009 23:25

je suis tout avec d'accord avec toi. Ce qui est dommage c'est que beaucoup de gens se meprennent encore...

El Charpi 11/02/2009 23:41


Ca fait plaisir à lire, merci beaucoup. :)