Foutus gauchistes !

Publié le par El Charpi

"Le 2 fèvrier, l'université s'arrête".
C'est avec ce mot d'ordre que les chercheurs français ont entamé une grève "générale et illimitée", contre les réformes du gouvernement Fillon (c'est marrant comme tout le monde a envie de dire le gouvernement Sarkozy) à propos de l'enseignement supèrieur, de la recherche, et du fonctionnement des universités.

Les enseignants-chercheurs et les étudiants rejoignent dans la rue les chercheurs du CNRS, les infirmiers, les magistrats, les lycéens, les enseignants, les retraités, les cheminots, les postiers, les agents de l'administration fiscale, de France Télécom, les fonctionnaires en général, et les salariés du privé (notamment ceux de France Telecom, et de SSII comme IBM ou Hewlett Packard).

Mais pourquoi donc, madame Chombier, tout ce monde dans la rue ?
Pourquoi y avait-il, le 29 janvier, entre 1 millon (selon la police) et 2,5 millions (selon les syndicats) manifestants dans les rues ?



La réponse, tous les journaux, toutes les télévisions, toutes les radios vous la donneront. Elle est simple et tient en une petite expression rigolote : "l'inquiètude face à la crise".
Vous comprenez, madame Chombier, tous ces gens dehors, ils ne veulent "rien de précis" (François Fillon, dans le Monde International). Ils ont juste peur d'avoir moins de sous, alors dans le doute, réflexe pavlovien, ils manifestent, les cons.

Certains vont même jusqu'à dire que c'est une forme de soutien au gouvernement (et sans rigoler en plus). Toujours dans le Monde International, M. Fillon nous expliquait que les manifestants exprimaient "leur colère contre les responsables de la crise", ce qui "est une forme de soutien" à la position internationale de la France qui veut règlementer les normes internationales (alors qu'elle fait partie des quelques irréductibles qui n'ont pas légiféré sur son sol, contrairement à l'Allemagne, les Pays-Bas, l'Angleterre, ou les Etats-Unis, tous des gauchistes).



Tant de mépris, tant de condescendance, est-ce vraiment une bonne stratégie ?

Je pourrai gloser sur les raisons qui poussent ces gens dans la rue, sur cette libéralisation des institutions sous couvert de "répondre à la crise", qui est pourant celle du libéralisme. Je pourrai parler de toutes ces entreprises bénéficiaires qui licencient "à cause de la crise", mais je laisse à d'autres le soin de détailler tout ça.

Je n'aborderai qu'un sujet que je maîtrise un petit peu, faisant partie des concernés, qui est celui du mouvement des universités.

Actuellement, toutes les universités de Bordeaux sont en grève. Une grève plutôt tiède par rapport à d'autres villes de France. Pas une grève de l'enseignement, mais une grève administrative : les cours sont donnés (pour la plupart), mais les maquettes de recherche ne sont plus rendues, les notes retenues, et tous les jeudis, vous pourrez voir les enseignants-chercheurs de Bordeaux, que ce soit en informatique ou à Sciences-Po, au coté des étudiants. Jeudi dernier, nous étions 3 800 selon la police (je ne sais pas combien selon les syndicats) dans les rues de Bordeaux, et entre 27 000 et 56 000 (police/syndicats) dans toute la France.



Pour quelle raison ? Eh bien, madame Michu, lisez les journaux.
Ils vous l'expliqueront, les enseignants-chercheurs ont peur "d'avoir plus d'heures d'enseignement à donner". Les feignants ! Ce n'est pas parce qu'ils trouvent stupide de mettre en conccurence les chercheurs d'un même laboratoire entre eux, les laboratoire d'une même université entre eux, les universités entre elles, les domaines de recherche entre eux. De toute façon, c'est bien connu, les étudiants, c'est tous des gauchistes.

A Bordeaux, pourtant, le mouvement de protestation est venu de... Bordeaux IV. La faculté de droit (et souvent de droite), qui ne bouge pas, ne manifeste jamais, et a, paraît-il, un jour, bloqué un amphitéâtre. Bref, pas le genre de dreadeux à manifester avec des vêtements sales en jonglant avec des quilles. C'est la première fois que ça arrive, et ça augure un mouvement bien plus solide que ceux auxquels j'ai assisté jusqu'à lors.

Mais tous ces professeurs de droit, ces chercheurs en sciences politique, ces Prix Nobel, ont tort de réagir aussi fort, madame Michu, car comme le dit Christophe Barbier (qui dirige l'Express, quand même) : "C'est une colère complètement injustifiée."


Et si l'on veut trouver pire comme discours d'insulte, on le trouvera ici, prononcé par Nicolas Sarkozy himself, dans le fameux discours du 22 janvier. Tenez-vous bien, ça casse sec, ça enchaîne les contre-vérités et les erreurs d'analyse...

En insultant ainsi les chercheurs, Nicolas Sarkozy, "son" gouvernement et ses soutiens provoque la honte et la colère dans toute une catégorie de la population. Ils oublient que dans la rue maintenant se trouvent ceux qui leur ont appris leur métier (mais ni la morale ni l'honnêteté intellectuelle, visiblement). Et que dauber autant sur les chercheurs, sur les universités et sur ceux qui y travaillent, c'est la preuve que non seulement ils ne savent pas de quoi ils parlent, ce qui est grave, mais aussi qu'ils ne savent pas ce qu'ils déclenchent, et qui sera pire encore.






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